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Quand je vous le dis :
par Martine Montémont

 

 
« J’ai eu la chance de rencontrer personnellement Denise Domenach-Lallich qui vient de fêter ses 94 ans. Sa fraîcheur, son exigence de liberté, son esprit de tolérance sans la moindre posture, son espièglerie même étaient un bonheur. Quelle belle personne ! »

 


Ne laissons pas s’estomper le centenaire de la fin de la guerre de 1918 qui comme le prouvera la suite des événements n’était pas si finie que ça. Tout juste interrompue entre 1918 et 1939, puisque le conflit a repris de plus belle, si l’on ose dire...

Le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon présente jusqu’au 26 mai 19 une exposition «Génération 40. Les Jeunes et la Guerre » qui met en avant cette jeunesse sacrifiée presque aussitôt après celle des Poilus.

Si les garçons sont très représentés – les pauvres âmes des jeunes fusillés qui n’avaient même pas 20 ans et l’original de leur dernière lettre bouleversante à leurs parents -, on découvre aussi l’activité résistante des jeunes filles auxquelles le gouvernement de Vichy imposait l’école ménagère dès 12 ans.

D’autant que c’est Denise Domenach-Lallich, une jeune Lyonnaise de 15 ans qui sert de fil rouge à l’exposition avec son journal « Une jeune fille libre. Journal 1939-1944 ». Les objets présentés dans les sous-sols voûtés du musée, méritent que l’on s’attarde auprès de chacun d’eux tant ils sont poignants.

Il y a la ceinture de Joseph Chwalsky, jeune Polonais qui y gravait ses jours de détention à la prison de Montluc. Les étoiles jaunes où les « Zazous » brodaient « auvergnat » ou encore « swing » et qui étaient ensuite arrêtés par la milice alors même qu’ils montaient dans le dernier wagon des trains qui emportaient les Juifs en déportation. 

Et aussi les étonnantes autorisations écrites de parents qui permettaient à leurs ados d’entrer dans la Résistance. Autant de faits que l’on découvre au fil des vitrines.

Et il y a la rage indignée de Jeanne Tavernier-Ruplinge sur son lit d’hôpital « j’ai à venger (surtout cela) mes amis qu’ils m’ont tués ». La souffrance d’Hélène Berr qui porte son étoile jaune pour la première fois  et qui succombera d’épuisement à Bergen-Belsen « Mon Dieu, je ne croyais pas que ce serait si dur… »

On découvre la robe de patriote bleu, blanc, rouge et ornée d’une croix de Lorraine que cette toute jeune fille a portée tous les jours pour aller attendre les trains qui ramenaient les déportés et dans l’un desquels elle espérait son père. Il n’est jamais revenu.

Et aussi, le portrait sur son lit de mort de la toute jeune Jeannine Lejard avec son ourson de laine. Elle n’avait même pas 18 ans.

Et Denise bien sûr dont les extraits du journal, qui portait à l’origine le titre «  Demain, il fera beau » sont publiés dans un livret offert aux visiteurs. De famille bourgeoise catholique, elle écrivait à 18 ans « Le cardinal Gerlier a fait un appel pour que les gens ne dansent plus, parce que la danse est une insulte à la souffrance et à la douleur (…). Je ne vois pas bien de quoi il se mêle. Il y a des choses plus urgentes à dire et à faire pour la France et pour ceux qui souffrent. Et puis, il y a déjà assez de choses qui nous gâchent la vie sans qu’on vienne encore en rajouter. »

Que penser, chère Denise, qu’au 21e siècle, d’autres religieux songent à interdire la musique et la danse à leurs ouailles ? Et qu’on ose à peine les envoyer sur les roses !

Les jeunes qui ont vécu une adolescence gâchée seront déçus à la Libération. Malgré leur courage et leur investissement dans la Résistance, ils seront comme les femmes en 14-18, renvoyés dans leur foyer. Ils étaient adultes pour passer les messages au péril de leur vie, calligraphier des faux-papiers, voir leurs amis proches fusillés. Pas pour être reconnus majeurs à 18 ans (il faudra attendre 1974) et pour être payés comme un adulte au moment d’entrer dans la vie professionnelle.